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 reste-il des truites sauvages ?

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Fab
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Hautes-Pyrénées

MessageSujet: reste-il des truites sauvages ?   Mer 13 Aoû 2008 - 21:32

Un article intéressant, vu sur le très bon site de la fédé Aveyron, pour ceux qui pensent que les souches d'en tant ont disparues...


RESTE T IL DES TRUITES SAUVAGES ?

Pour beaucoup, les truites sauvages ne sont qu’un lointain souvenir, du temps où il faisait bon vivre, où les rivières étaient belles et les pêches miraculeuses. Complètement faux nous dit Marc Delacoste pour qui les truites sauvages sont encore bien présentes dans nos rivières.

Est ce due à une forme de morosité ambiante ? Est-ce ce pessimisme teinté de mélancolie qui colle aux discours des pêcheurs depuis quelques temps et qui veut que « mon pauv’ monsieur, tout est foutu et si vous aviez vu avant ! » ? Toujours est il que parmi les rengaines et complaintes maintes fois entendues voire rabâchées, la disparition des truites sauvages tiendrait certainement une place d’honneur si l’on devait établir un classement. Entretenu par quelques responsables irresponsables peu ou mal informés (laissons leur le bénéfice du doute…), travaillée par quelques articles aussi faussement scientifiques que volontairement racoleurs, cette idée s’est peu à peu insinuée dans l’imaginaire collectif. Et si aujourd’hui vous demandez à un pêcheur si les truites qu’il prend sont sauvages, il y a de fortes chances qu’il vous rit au nez en vous répondant que « des truites sauvages, y’en a eu, mais aujourd’hui y’en a plus ».

Sauvages ou natives ?

Avant d’aller plus loin et d’essayer de faire le point sur cette question en toute objectivité, il n’est sans doute pas inutile de définir les termes que nous allons utiliser, de manière à tous parler de la même chose. Le terme sauvage, par exemple, peut recouvrir plusieurs notions et donc prêter à confusion. Pour certains, il va signifier les truites nées dans la rivière. Mais certaines peuvent posséder dans leur ascendance des truites issues d’alevinages. Elles sont donc nées dans la rivière, mais ne sont pas « de souche » comme on peut parfois l’entendre. Des truites sauvages, c’est à dire nées dans la rivière, nos cours d’eau en contiennent beaucoup. On peut même dire que la majorité de celles qui peuplent les rivières de premières catégories des régions truiticolles sont issues de la reproduction naturelle et sont donc sauvages. Mais ce n’est pas forcement ce terme auquel pensent ceux qui clament la disparition des truites sauvages. Ils parlent en fait des truites « de souche », c’est à dire des truites appartenant à la souche génétique que la rivière en question a sélectionné au cours des derniers millénaires. C’est pourquoi le terme natives convient mieux que sauvages pour définir ces truites et c’est celui que nous utiliserons ici.

Si la présence de nombreuses truites sauvages (au sens de nées dans la rivière) ne fait aucun doute dans les nombreuses rivières des régions truiticolles (et si certains en doutent, ils n’ont qu’à aller se promener au bord des rivières en novembre pour y voir les truites frayer puis à regarder les bordures à alevins à partir de la fin du printemps), en est-il de même pour les truites natives ? Ce qui peut revenir à se demander si nous pêchons aujourd’hui les « mêmes » truites que nos pères et grands-pères avant nous. Avant de tenter une réponse, essayons de comprendre pourquoi elles sont censées être « portées disparues ». Lorsqu’on discute avec les « prophètes de mauvaise augure », deux raisons sont inévitablement avancées pour expliquer ce phénomène. La dégradation générale de nos cours d’eau et les alevinages.
La première est bien réelle. Mais il faut aussi reconnaître qu’elle ne touche pas de manière égale tous nos cours d’eau. Bon nombre sont encore en état, et je ne peux ici que reprendre ce que je disais le mois dernier sur le diagnostic général du réseau hydrographique français traduit par les PDPG départementaux et repris et communiqué par le CSP (voir site internet du CSP pour plus de détail, www.csp.environnement.gouv.fr). On y découvre que seulement 15 % des rivières à truites seraient dégradées, alors qu’à l’opposé 25 % sont encore en très bon état. Ceci dit, le fait qu’un milieu soit perturbé ne fait pas disparaître les truites natives. Car dans bon nombre des 60 % de rivières perturbées, la reproduction naturelle fonctionne, parfois même plutôt bien, et les abondances de truites y sont parfois très satisfaisantes. Elles ne sont simplement pas ce qu’elles devraient être, ce qui est certes très important mais ce qui ne veut surtout pas dire qu’il n’y en a plus et ce qui représente donc une nuance de taille. Ce qui nous amène à la seconde raison avancée pour expliquer la supposée disparition des truites natives, les alevinages. Chaque année, des quantités très importantes de truites issues de diverses piscicultures sont introduites dans nos rivières à différents stades de développement, depuis les boites Vibert jusqu’aux surdensitaires. Dans certains cas, ces quantités peuvent être équivalentes voire supérieures à celles des truites qui peuplent déjà la rivière réceptrice. Or, ces truites sont la plupart du temps génétiquement très différentes de celles qui peuplent naturellement nos rivières. De là à penser qu’elles ont peu à peu remplacé nos populations natives, il n’y a qu’un pas, que beaucoup n’ont pas hésité à franchir (bien souvent les même qui proclament que les alevinages ne fonctionnent pas, alors qu’à les écouter, ils auraient fait disparaître les truites natives, allez comprendre…).

Des résultats parlant !

Que disent les études scientifiques réalisées sur le sujet ? Elles sont de deux ordres. Génétiques tout d’abord. Ces études montrent que la plupart des truites qui vivent dans les rivières analysées sont des truites natives. Que dans la plupart des cas, peu de gènes de pisciculture ont été retrouvés. Sur l’Orb par exemple, Dominique Baudou n’en a retrouvé que 13 %, alors que les introductions sont ici aussi très nombreuses. Dans un secteur de la rivière Aude, Patrick Berrebi de l’université de Montpellier a trouvé 98 % de gènes des truites natives de cette région. La plupart des études génétiques font les mêmes observations : les populations sont en général peu influencées par les alevinages. Ou si vous préférez, la pollution génétique reste faible dans bon nombre de rivières. Ce qui signifie que l’essentiel des truites observées sont natives.
L’autre type d’étude susceptible de nous renseigner utilise les caractéristiques morphologiques des truites. Développée en France par Jean-Marc Lascaux, cette approche est basée sur l’analyse de caractères héritables (donc fixés génétiquement) tels les ornementations de la robe (points rouges et noirs) et des nageoires, couplée à de puissantes analyses statistiques. Qu’en ressort-il ? Que lorsqu’une région est passée au crible (voir à ce sujet les résultats de la méthode appliquée au Cantal ou aux Pyrénées centrales), on observe généralement une certaine homogénéité des truites d’une même rivière mais en revanche une importante variabilité entre les truites des différents bassins ou sous bassins. Et que dans la plupart des cas, elles ne s’apparentent pas aux truites de pisciculture. Les truites élevées étant génétiquement parlant globalement les mêmes dans toutes les piscicultures, s’il n’existait plus de truites natives, on trouverait le même type de truite dans toutes les rivières de l’hexagone. Logique imparable. Or, qu’observe-t-on ? Que les truites de telle rivière sont ponctuées de gros points rouges. Que dans telle autre, elles comptent des centaines de petits points noirs. Que dans cette dernière enfin, elles sont très peu ponctuées et que les points sont rassemblés sur l’avant du corps. Et qu’au final, il existe une formidable diversité des types de truites en France encore aujourd’hui, et que cela traduit bien que ces truites toutes différentes entre elles sont des truites natives, donc de souche pour reprendre cette expression. Ces observations rejoignent ainsi celles des études génétiques.

Bien sur, il y a des rivières ou des régions moins préservées que d’autres. Ainsi, quelques cours d’eau montrent par exemple des taux d’introgression (qu’on pourrait résumer par le taux de gènes issus des truites de pisciculture) important, ce qui traduit une forte influence des alevinages sur le long terme. Mais il faut relativiser. Car le plus souvent, il s’agit de petits cours d’eau avec des populations réduites. En outre, comme par hasard, ce sont quasi systématiquement des rivières qui ont subit ou qui subissent toujours des perturbations importantes, souvent d’origine humaine, et où les populations de truites natives ont à un moment donné nettement diminué, favorisant ainsi l’implantation de truites issues de pisciculture dans des « territoires » devenus libres. La nature a horreur du vide. Mais en dehors de ces petits milieux, dans les rivières des vraies régions truiticolles (Franche-Comté, Alpes, Massif-Central, Pyrénées), la majorité des truites qu’on peut observer ou capturer sont sauvages et surtout natives.

Est-ce à dire que les alevinages n’ont aucune réussite et donc aucune utilité ? Ca n’est pas si simple. Et il ne faut pas faire dire à ces résultats ce qu’ils ne peuvent pas dire. Ils disent simplement que peu de truites issues de pisciculture participent à la reproduction ce qui ne veut surtout pas dire qu’elles ne contribuent pas aux captures des pêcheurs. Et finalement, que toutes ces truites introduites dans nos rivières se soient peu reproduite et n’aient par la même occasion que peu ou pas « pollué génétiquement » nos truites natives, c’est plutôt une sacrée bonne nouvelle. Cela signifie-t-il pour autant qu’on puisse continuer sans rien changer ? Certainement pas. La voie de la gestion patrimoniale abordée le mois dernier permet tout à la fois économies (et donc moyens concentrés là où c’est nécessaire) mais aussi protection des truites natives. Car si les études sont claires sur le fait que la plupart des truites analysées sont natives, elles mettent également en évidence que de nombreuses populations possèdent aujourd’hui quelques pourcent de gènes de pisciculture. Or, la protection des truites natives ou des souches sauvages, comme on voudra, doit être un des objectifs majeurs des gestionnaires. Ne le perdons jamais de vue.

Nota :


Des généticiens de l’Université de Montpellier ont fait l’analyse génétique des populations de truites de 18 rivières du bassin méditerranéen allant des Pyrénées Orientales au Vaucluse. Une seule de ces 18 populations possédait une majorité (59 %) de gênes de truites de pisciculture, et encore s’agissait-il d’un torrent soumis à des crues fréquentes et dévastatrices. En outre, 14 des 18 populations analysées possédaient plus de 70 % de gênes « natifs », dont 12 à plus de 80 %. Les cours d’eau montrant le plus de gênes de pisciculture étaient tous des cours d’eau de petite taille, donc avec une population réduite, et étaient également plus ou moins perturbés, notamment par les crues.
(1) Poteau C. et P. Berrebi : Genetic integrity and trout stocking in the Mediterranean bassin, Bulletin Français de Pêche et de Pisciculture: 344/345 : 309-322.

Source Marco Delacoste, La Pêche et les Poissons n°705
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MessageSujet: Re: reste-il des truites sauvages ?   Mer 13 Aoû 2008 - 23:02

tres intéressant ,merci fab
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MessageSujet: Re: reste-il des truites sauvages ?   Jeu 14 Aoû 2008 - 6:48

Si nos spécialistes en ichtyologie nous disent que presque toutes les truites de nos rivières sont des truites natives, alors je ne peux que m'incliner. Cela veut dire que sur 10 truites que l'on va prendre sur une rivière (j'ai dit prendre, pas garder Wink ), entre 7 et 10 auront les mêmes phénotypes. Mais est-ce le cas ?
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JOS
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MessageSujet: Re: reste-il des truites sauvages ?   Jeu 14 Aoû 2008 - 14:28

interessant a lire !

mais j'ai lu aussi il y a un moment que l'alevinage de truite "d'importation" amené un abatardissement de la souche locale ....

on peut lire de la part de differentes "figures" de la presse halieutique qu'effectivement il y a un gros probleme de "souche" et apparement d'apres ta source il en ressort que tout va bien .............. quand est -il exactement .......................... ????????

maintenant je suis d'accord sur le fait qu'il faut travailler sur le "fond" plutot que de déverser tout et n'importe quoi !

privilégions les bonnes frayeres et la restaurations de celles qui peuvent encore l'etre , luttons contre E.D.F et ses débits a la con , préservons l'environnement des diverses pollutions et là OUI effectivement tout ira mieux !!

mais qui a le "bras" assez long pour imposer une telle politique a TOUTES les AAPPMA ..................... en discuter dans les magazines ou sur le net ou devant un apéro entre collegues ne remettra pas sur la "table" le fait de travailler sur le fond et de surveiller l'environnement des diverses agressions qu'il subit de la part de notre société économique / consommation ..... !!! ........ pourquoi toujours authoriser le deversement d'alevins dans certaines rivieres plutot que de lutter contre les pollueurs ou destructeurs de rivieres ???????????????????? ............ ah mince .. j'oubliais ....... faut vendre des cartes de peche bien sur !!!!!!!!!!!!!!
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Fab
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MessageSujet: Re: reste-il des truites sauvages ?   Ven 15 Aoû 2008 - 8:05

Lors du colloque, il avait été dit : Les résultats de cette études ont montré qu’il existe en réalité 3 types de
populations de truite en Garonne : les truites portions surdensitaires qui survivent
après les lâchés, les truites issues de la reproduction en pisciculture et qui sont
lâchées au stade d’estivaux, et enfin les truites dites « sauvages » (40% du cheptel).


40% à peine !! là on voit la masse de déversements pratiqués la bas ! toujours est-il que ces 40% ont toujours les mêmes gènes sauvages !
un arrêt de tout déversement, un travail sur le milieu et notre population de sauvages revient proche de 100% !
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MessageSujet: Re: reste-il des truites sauvages ?   Ven 15 Aoû 2008 - 9:35

oui fab mais ça va etre donc plus dur de remplir les paniers ,et donc de vendre des permis
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MessageSujet: Re: reste-il des truites sauvages ?   Ven 15 Aoû 2008 - 14:25

Il me semble que la question que beaucoup de pêcheurs se posent est : les truites (sauvages ou natives) qui peuplent la rivière que je pêche sont-elles les mêmes que celles que pêchait mon grand-père et avant lui son grand-père et ainsi de suite. Si l'on déverse pendant des années des truites d'une autre souche, voire des truites d'autres pays comme ce fut le cas avec les Danoises, et si ces truites sont capables de se reproduire, il y aura forcément «contamination génétique». à moins que les truites autochtones n'aient pratiqué l'apartheid et aient refusé de se mêler aux estrangères. Mais, à ma connaissance, les truites ne pratiquent pas la ségrégation phénologique.
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